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J'écris sur un
papier humide que le ventilateur ne parviendra pas
à sécher. A Ratnapura, il pleut
plusieurs fois par jour en juin, mois où la
mousson sévit le plus. Mais, qu'il pleuve ou
non, la peau et les vêtements sont maintenus
dans une moiteur constante. Une façon
originale de profiter des bienfaits du sauna
à peu de "frais"...
Dès que j'ai
trouvé un hôtel au-dessus de la
station de bus, je pars à la
découverte de la cité des gemmes (en
cingalais, ratna signifie pierre et pura :
cité). Ici, on extrait quatre-vingt-dix
sortes de pierres dont le fameux "Saphir de
Ceylan".
Je demande plusieurs fois
le chemin des mines mais en réponse, on
essaie de me vendre des pierres. Même le
conducteur de tuk-tuk, ce véhicule à
trois roues aussi pratique que bruyant, me conduit
à une usine de taille de pierres. J'en
visiterai une plus tard. Pour l'instant j'insiste,
je continue à demander ce chemin que
personne ne semble connaître. Par contre on
m'entoure, on me suit, on tente par tous les moyens
de m'entraîner chez les commerçants
dans l'espoir de percevoir une commission de 20%
sur mes éventuels achats.
Je décide donc de
chercher seule ce chemin : aussi je sors de la
ville à pied en empruntant une route qui se
déroule dans une campagne montagneuse et
verdoyante. Devant un carrefour, j'hésite
sur la direction à prendre. Je me fie
à mon intuition et tourne à droite. A
quelques pas j'aperçois une cabane au milieu
des champs et un homme au bord de la route auquel
je renouvelle ma question. Cette fois, très
aimablement, celui-ci pointe du doigt la
cabane.
En effet, après
avoir marché dans un terrain boueux,
trempé par la dernière pluie
diluvienne, je parviens à une petite mine
comportant deux trous, une pompe à eau, six
ouvriers et le patron. Tous m'accueillent avec
bonne humeur. Ici, les trous sont de trois à
cinq mètres de profondeur sur deux
mètres de large, tandis que dans la mine de
Mitoyagoda près d'Ambalangoda, le lieu
d'extraction de pierres de lune le plus important
de l'île, il peut avoir des fosses allant
jusqu'à vingt cinq mètres de
profondeur et plusieurs galeries.
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Des
poutres en bois maintiennent les murs de
la fosse qui sont
régulièrement
tapissés de fougères
fraîches afin d'empêcher l'eau
de passer. De plus, une pompe à eau
est indispensable pour retirer l'eau du
fond de la mine et pour que les ouvriers
puissent piocher. Une mine est exploitable
pendant deux ou trois ans selon sa
profondeur, mais quelques fois seulement
un mois.
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Il arrive que l'on creuse
sans jamais rien trouver. Les mines que j'ai
visitées au cours de ce séjour
à Ratnapura seront sans doute
comblées dans quelques mois ou quelques
années. Mais si alors je reviens, je
constaterai que d'autres trous auront
été creusés dans les
alentours, tant le sol de cette région est
riche en cristaux de toutes natures : 90% du sol
sri-lankais peut produire des pierres, surtout
autour de Ratnapura. L'industrie minière de
ce pays est l'une des plus anciennes du monde, elle
existait déjà 500 ans avant
J.-C..
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La
première opération consiste
à extraire la terre porteuse de
gemmes appelée en cingalais illam.
Dans ce but, les mineurs creusent sous un
soleil de plomb, et parfois sous la pluie,
de 8h à 17h. Ils atteindront
l'illam dans la zone humide, environ
à trois mètres de
profondeur. Deux hommes piochent tandis
que deux autres envoient des
pelletées d'illam qu'un ouvrier
situé en haut de la fosse recevra
dans un autre panier avec une
habileté remarquable sur un rythme
à la précision du
métronome : on pense à une
danse pas même interrompue lorsque
je leur parle.
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Inévitable, le
patron me présente des pierres, je ne
résiste par à la tentation de
regarder un beau grenat hessonite et ces rubis et
saphirs magnifiquement étoilés
grâce à leurs aiguilles de rutile.
Pendant ce temps les ouvriers commencent la seconde
opération : le washing, qui consiste
à laver et tamiser l'illam qu'ils ont
remonté du fond de la fosse. L'un d'eux
remplit une corbeille en osier de la
précieuse terre. Il la lave dans une large
flaque d'eau couleur du limon ocre jaune, en
effectuant des mouvements de rotation
répétés. Déjà,
il tente de distingur les gemmes des
cailloux.
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Ensuite
a lieu le sorting ou triage : un ouvrier
prend la corbeille et la pose à
terre; il s'agenouille devant, les mains
jointes dans une attitude de
prière, puis, maniant le panier de
façon à ce que la
lumière du soleil se
réfléchisse sur les pierres,
il commence à chercher et à
trier. Il en trouve plusieurs que
j'achète en souvenir de ce
moment.
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Sur le chemin du retour,
un homme au visage sombre, entièrement
vêtu d'une étoffe blanche, me donne un
quartz fumé. J'apprécie d'autant plus
ce geste qu'il est gratuit car après
quelques pas il disparaît. C'était
sans doute un bon génie...
On extrait aussi des
pierres dans le lit des rivières. Au-dessous
de l'endroit choisi on construit un remblai sur la
rivière afin d'empêcher les cristaux
de rouler dans le courant. A l'aide de longues
perches, les ouvriers drainent le maximum d'illam
vers ce remblai. Ensuite, on lave l'illam et on
trie les pierres.
Tourmaline verte et brune,
Kuluganga s'étend largement,
généreusement entre deux rives
luxuriantes de grands bananiers à la sortie
de Ratnapura. D'un côté, des gens se
baignent vêtus de leur longi (longue
étoffe que l'on enroule autour des hanches)
; en son milieu, des femmes lavent leur linge sale
en famille à grands coups de battoirs tandis
que non loin les hommes portent de lourds sacs dont
ils tamiseront le contenu dans l'espoir d'y trouver
des cristaux. Les pieds dans l'eau, j'ai
trouvé des morceaux de mica et de quartz
qu'un rayon de soleil m'a chaudement
désignés... Ici, dans la
rivière, pas d'imitation, le seul verre que
l'on trouve étant du tesson de bouteille
!
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Il n'en est pas
de même au marché aux
pierres, découvert par hasard alors
que je flânais dans les rues de la
ville : ici, les verres et les
synthèses se mèlent
dangereusement aux vraies
pierres.
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Dans ce marché en
plein air où les vendeurs se
promènent en ouvrant des plis au contenu
plus ou moins précieux, où ils se
groupent au milieu d'une rue pour juger de la
luminosité d'une pierre brute en
l'éclairant d'une torche, j'ai aussi vu de
très belles pierres... C'est ici que la
plupart des marchands viennent acheter. Certains
possèdent une mine et une usine ; ils sont
à la recherche de pierres brutes qu'ils
feront tailler dans leurs ateliers. Pour l'instant
ils s'émerveillent devant mes loupes et font
même la queue pour les essayer !
L'observation de la séparation des couleurs
d'une cordiérite grâce au dichroscope
restera un moment magique pour eux, comme pour moi,
même si ce n'est pas de la même
façon...
Clémence Jude
(animatrice de l'atelier de gemmologie)
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