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(1) "Au pays de Klaus" (là, je préfère donner la traduction, pour éviter que des paronymies douteuses vous enduisent d'erreur : si Klaus donne Klaui au génitif, ce n'est pas de ma faute. Je répète : pas de ma faute, et : géniTIF. Ce n'est pas parce qu'il y en a des, qui demandent du c..., du c..., du c... qu'il faut voir des c... partout.) N'ayant trouvé ni KTM, ni MBK dotée d'un side-car, Martini, Klaus et Patrice sortirent sur la place et se dirigèrent vers les voitures. Depuis le début de cette histoire (c'est-à-dire, nous le rappelons de temps à autres, depuis le début de la journée), les chercheurs avaient pris l'habitude de garer leur voiture au milieu de la place du village, là où ils les avaient laissées le matin de leur arrivée (c'est-à-dire ce matin, s'il faut préciser). Ils ne les utilisaient pas beaucoup, parce qu'ils avaient fini par constater que toutes les tentatives de fuite, à pied, à diligence ou en véhicule motorisé, se soldaient inéluctablement par un retour à la case départ, avec cette impression, désagréable pour un chouetteur, d'avoir suivi une fausse piste physiquement et intellectuellement tortueuse et semée d'embûches pour finalement recommencer à la 530. Mais pour ce qu'ils avaient décidé d'explorer, le trio avait besoin d'un véhicule. Ils décidèrent de prendre la voiture de Klaus, une Trabant des années 60 dont le moteur deux-temps, quand les consignes du Parti l'autorisait à fonctionner, contribuait généreusement à l'atmosphère fuligineuse de la Zone. Dans une réalité qu'il avait connue il n'y a pas si longtemps (la veille, en fait : bon, OK, on ne va pas vous la sortir à chaque fois), Klaus n'avait jamais possédé de Trabant. Mais dans cette réalité-là, il ne s'appelait pas Klaus non plus, et le choix d'un pseudonyme finit par imposer à vos interlocuteurs une certaine image, avec tous ses attributs connotatifs. Et forcément, Klaus inspirait l'image d'un type qui possède une voiture d'Allemagne de l'est dont l'image mythique continue à survivre à la chute du mur de Berlin et à la pénurie de pièces de rechange. En s'approchant du véhicule, Klaus se dit que la prochaine fois, il prendrait un pseudo comme Ferrari (encore que la perversité des auteurs pût les conduire à le gratifier sous ce prétexte d'appendices mammaires supplémentaires, indésirables et plantureux). Klaus ouvrit la portière côté conducteur et s'installa au volant, Martini prenant la place du Maure, et Patrice se glissant à l'arrière. (Non, ce n'est pas une faute d'orthographe : la place à senestre du conducteur, laquelle est donc inversement à dextre d'icelle, est bien désignée ici d'après Al-Mar. Les véhicules des chasseurs, comme tous les objets qu'ils avaient apportés avec eux, finissaient par subir les effets de distorsion liés à la discontinuité spatio-temporelle particulière au lieu. Ce que confirmait par exemple, dans ce cas précis, le fait que le plafonnier de la voiture était désormais situé au-dessus du siège du passager avant, et éclairait d'ailleurs les ténèbres de façon resplendissante quand il s'allumait). Alors, Klaus, où va-t-on ? demanda Martini. À la rencontre d'Apollon, bien sûr, répondit Klaus. Maintenant que nous savons que la spirale n'est autre que l'enroulement des arrondissements de Paris autour du zéro kilométrique situé dans l'île de la Cité, nous pouvons passer à l'énigme suivante. Bravo, Klaus, commenta Patrice, j'ai toujours admiré la clarté de ton raisonnement, ainsi que ton esprit déterminé. Tu mérites de trouver la chouette. Mmmoui, fit Martini, plus dubitative. Mais, d'une part, nous ne sommes pas à Paris. Nous ne savons d'ailleurs même pas où nous sommes vraiment. Et d'autre part, pour ne parler que de la résolution des énigmes, partant d'un lieu aussi polyvalent symboliquement que Paris, il y a une infinité de pistes possibles. Tu as tout-à-fait raison, Martini, ajouta Patrice. Heureusement que nous pouvons compter sur tes remarques pertinentes pour soulever les faiblesses d'un raisonnement. Si quelqu'un mérite de trouver la chouette, c'est bien toi. Non, non, dit Martini, en rosissant légèrement sous le compliment. Nous n'aurions pas pu avancer sans ton esprit positif. Nous formons une équipe, de toutes façons. Nous méritons tous de gagner, conclut Patrice. Klaus revint sur le sujet : Paris n'est qu'une métaphore qui nous indique que la spirale est simplement l'enroulement des quartiers. Nous sommes en fait, dans le village, au coeur de la spirale. De là, il suffit de passer à l'étape suivante en partant de la place où nous nous trouvons. Nous prenons donc la rue de la Droite Déjà Connue ? demanda Patrice, qui était déjà passé par là lors d'un précédent épisode. Pour aller à Carignan ? dit Klaus en souriant. Pas question. C'est précisément la fausse piste dans laquelle tout le monde s'engage. Il se pencha vers les autres, d'un air complice : Écoutez... Comme le souligne justement Martini, la ville de Paris est trop pleine de symboles et d'histoire pour qu'on puisse en sélectionner des éléments. Mais, précisément, Paris nous indique qu'il ne faut pas sélectionner, à ce stade, mais prendre l'ensemble de ce que nous avons trouvé, comme si on en faisait un paquet. Il faut "emballer" Paris, en faire le tour en quelque sorte. Et comment fait-on le tour de Paris ? Par le PÉRIPHÉRIQUE. Ouaah, s'exclama Patrice. Judicieuse idée. Le périphérique, bien sûr : c'est la figuration du cercle chromatique qu'on rencontre constamment dans les énigmes. Il s'enroule autour de la Ville-Lumière. On peut y tourner indéfiniment en rond : image de l'éternité. Ainsi Paris serait une métaphore de la zone finale, ce que confirmerait la forme patatoïde de la capitale? Et quand on est bloqué dans les embouteillages sur le périph', on peut y passer la journée, de l'aube au crépuscule, ajouta Martini. Tu penses donc que le village où nous nous trouvons, où se concentrent tous les symboles de la chasse, est un analogue de Paris, où se concentrent tous les symboles qu'on peut rencontrer ailleurs ? Ouiii, dit Klaus. Et il nous suffit donc de passer directement au chemin qui nous conduit à la 420. Klaus mit le contact et démarra. La voiture se mit à tourner sur elle-même, décrivant des cycloïdes irrégulières sur la place du village. Martini, tu as dû mal fermer la portière. La voiture est en train de tourner autour du plafonnier. Martini rouvrit la portière, puis la referma d'un coup sec. La lumière cessa de resplendir et la voiture, guidée par son instinct phototropique, s'engagea dans une des rues qui quittait la place. Un panneau indicateur signalait : "Le golf". Au bout de quelques temps (formule purement stylistique, dans ce récit, je l'admets), nos amis arrivèrent à un carrefour en forme de Y. Un panneau indiquait que la route continuait dans une direction vers une destination ainsi formulée : "Chez Juan. Spécialités méditerranéennes. Golf". Un autre panneau indiquait la direction alternative, qui semblait être une bretelle d'accès à une autoroute ou une route à double voie qui passait en surplomb. Ce second panneau portait cette seule inscription laconique et néanmoins alléchante : "Solution".
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